Catégories
Agriculture Europe France Monde

Agriculture : notre modèle ne tiendra pas le siècle.

Quand la canicule révèle la mal-adaptation de notre agriculture

Incendie dans un champs causé par la sécheresse
Incendie dans un champs causé par la sécheresse

Une nouvelle vague de chaleur s’abat sur la France. Les records de température tombent les uns après les autres, les cours d’eau voient leur débit diminuer, les sols se dessèchent et les cultures souffrent. Chaque été semble confirmer ce que les scientifiques annoncent depuis des décennies : le changement climatique n’est plus une menace lointaine, il est devenu notre quotidien. Pourtant, derrière cette canicule se cache une autre réalité, plus profonde encore. Ce n’est pas seulement notre climat qui est en crise, c’est aussi notre modèle agricole.

À entendre certains discours, les agriculteurs seraient les principaux adversaires de l’écologie. Cette caricature ne résiste pourtant pas aux faits. La Grande Consultation du monde agricole réalisée par le Shift Project auprès de plus de 7 700 exploitants montre que 86 % d’entre eux considèrent le changement climatique comme une menace directe pour la viabilité de leur exploitation. Plus de neuf agriculteurs sur dix se disent prêts à faire évoluer leurs pratiques si les conditions économiques leur en donnent les moyens. Ceux qui vivent de la terre savent mieux que quiconque ce qu’impliquent une sécheresse, une récolte perdue ou un sol qui s’appauvrit.

Le véritable conflit n’oppose donc pas les agriculteurs à l’écologie. Il oppose la nécessité d’adapter notre agriculture à un modèle économique qui continue de privilégier les rendements immédiats, la concurrence internationale et la spécialisation des productions. Depuis plusieurs décennies, la mondialisation agricole pousse à produire toujours plus avec toujours moins de marges, tout en exposant les exploitations aux aléas des marchés mondiaux et à des conditions climatiques de plus en plus instables.

Cette contradiction apparaît également dans la Politique agricole commune. La PAC demeure indispensable à la survie de nombreuses exploitations françaises : pour certaines filières, les aides représentent une part majeure du revenu. Mais si elles permettent souvent de maintenir les exploitations à flot, elles demeurent insuffisantes pour financer partout les transformations devenues indispensables. Restaurer les sols, développer l’agroforesterie, diversifier les cultures, préserver les haies, économiser l’eau ou accompagner les nouvelles générations d’agriculteurs nécessitent une vision de long terme que les dispositifs actuels peinent encore à offrir.

Or, derrière la question agricole se cache un enjeu bien plus vaste : celui de notre souveraineté alimentaire. Une nation qui dépend de productions fragilisées par les canicules, d’intrants importés ou de marchés internationaux de plus en plus instables devient vulnérable. Nourrir une population ne consiste plus seulement à produire beaucoup, mais à produire durablement, dans des territoires capables de résister aux crises climatiques, énergétiques et géopolitiques.

L’agriculture façonne nos paysages, nos ressources en eau et l’équilibre de nos territoires. Adapter notre agriculture, ce n’est donc pas uniquement protéger une profession ; c’est préparer la France de 2050. Les territoires qui auront conservé des sols vivants, diversifié leurs productions, restauré les haies, les zones humides et les continuités écologiques seront aussi ceux qui résisteront le mieux aux sécheresses, aux inondations et aux pénuries d’eau. À l’inverse, poursuivre un modèle fondé sur l’artificialisation des terres, la concentration des exploitations et la dépendance aux marchés mondiaux reviendrait à accroître notre vulnérabilité collective.

La canicule que nous subissons aujourd’hui n’est pas une parenthèse. Elle est un avertissement. Les agriculteurs en perçoivent déjà les conséquences chaque jour dans leurs champs et leurs élevages. Les travaux du Shift Project montrent qu’ils sont nombreux à vouloir engager la transition. Il appartient désormais aux pouvoirs publics de leur en donner les moyens. Car défendre notre agriculture, ce n’est pas opposer économie et écologie. C’est reconnaître que la résilience de nos territoires, notre souveraineté alimentaire et notre capacité à affronter le changement climatique dépendent d’une même ambition : construire un modèle agricole capable de nourrir durablement la population sans épuiser les ressources dont elle dépend.

Antonin Gabolde

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *